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GEO : sur 148 marques, être connu des modèles ne prédit pas la citation, selon Pierre Sauvé

Ce qu’il faut retenir :

  • Pierre Sauvé distingue la « présence » d’une marque dans les poids d’un modèle, mesurée par log-probabilités sur des modèles ouverts, de sa « citabilité », qui dépend de la recherche web effectuée au moment de répondre.
  • Sur son panel, l’accord entre le classement des marques connues des modèles ouverts et celui des marques citées par ChatGPT et Gemini n’est que de 0,1, sur une échelle allant de 0 à 1.
  • À notoriété web égale, avoir une page Wikipédia ou une forte présence sur Reddit ne produit pas d’avantage mesurable sur la présence : les paires comparées se répartissent quasiment à parts égales.
  • Le consultant recommande des audits GEO avec passages répétés, appels dans l’interface plutôt que par l’API, socle daté et deux indicateurs distincts, présence et citation, plutôt qu’un score unique.

Trois passages dans ChatGPT donnent trois listes de marques différentes

L’étude est née d’une remarque d’un client. Pierre Sauvé raconte avoir travaillé pour une plateforme de sondage dont l’équipe, plutôt rigoureuse, constatait que les taux de visibilité IA variaient d’un outil à l’autre. Il a donc lancé trois fois la même requête dans ChatGPT (« quelle plateforme de sondage propose des quotas et redressement ? »), dans des conditions d’utilisation classiques, le même jour et à quelques heures d’intervalle. Résultat : trois listes différentes. Une seule marque, Symbial, apparaît dans deux réponses, et aucune n’apparaît dans les trois. Le consultant parle de « roulette russe ».

Il a ensuite sollicité Qwairy, outil de suivi de la visibilité dans les LLM, qui lui a fourni gracieusement des données sur un panel plus large. Les marques y sont détectées par leur nom mais aussi par leur domaine. Les résultats confirment l’instabilité :

  • Sur ChatGPT : 42 % des marques ne sont vues qu’une seule fois sur trois passages, et seulement 37 % apparaissent aux trois.
  • Sur Gemini : 55 % des marques ne sont vues qu’une seule fois sur trois passages.

Pour Pierre Sauvé, un audit GEO fondé sur un passage unique contient donc une part d’aléa importante. Il précise que ces passages ont été réalisés sur une période courte et qu’il prévoit de les renouveler dans un mois ou deux.

Présence et citabilité relèvent de deux couches distinctes

Le consultant distingue deux raisons pour lesquelles un LLM cite une marque :

  • La présence : ce que le modèle a en mémoire, ancré dans ses données d’entraînement. Elle est apprise à un instant donné, bouge lentement et se mesure de façon reproductible.
  • La citabilité : ce que l’étape de recherche (le live retrieval) place sous les yeux du modèle au moment de répondre. Elle est volatile et actionnable à court terme.

Il illustre la différence par deux cas extrêmes. Pour savoir qui présidait la France en 2003, ChatGPT n’a pas besoin de chercher sur le web : l’information est solidement ancrée dans ses données d’entraînement. Pour connaître le résultat du dernier match de l’OM, il doit effectuer une recherche. La plupart des prompts, notamment en e-commerce, se situent entre les deux : le moteur puise une partie de l’information dans sa mémoire, puis la recherche la complète, la valide ou parfois la contredit.

Ces deux axes forment une matrice à quatre cases : présente et citée (position idéale), présente mais jamais citée (problème de récupération), absente mais citée (position portée par la recherche, donc fragile), absente et silencieuse (tout est à faire). Pierre Sauvé présente cette grille comme une proposition de complément méthodologique, et non comme une vérité établie.

Illustration de la matrice d’analyse – Source : Slides de la conférence de Pierre Sauvé

Le robots.txt recoupe en partie cette distinction. Chez OpenAI, GPTBot collecte pour l’entraînement (la présence), tandis qu’OAI-SearchBot alimente l’index de recherche (la citabilité). Le consultant cite plusieurs cas observés en septembre 2026, avec des taux de citation calculés sur le jeu de prompts de chaque secteur :

  • Moosend : GPTBot et ChatGPT-User bloqués, OAI-SearchBot autorisé. Marque citée par ChatGPT dans moins de 3 % des réponses.
  • Dealabs : tous les robots bloqués par défaut, sauf sur le répertoire des codes promos. Marque citée par ChatGPT dans 36 % des réponses.
  • Ouest-France : stratégie sélective selon les rubriques.

Pour Pierre, bloquer GPTBot n’empêche pas une marque d’apparaître dans les données d’entraînement, puisque d’autres sites parlent d’elle. Ce choix revient surtout à laisser à des tiers la manière dont la marque y est décrite, et à dépendre de la recherche pour corriger ou valider ces informations. Dealabs illustre l’inverse : selon lui, son ancrage est si fort que le blocage ne l’empêche pas d’être bien présente et bien citée. De la même façon, les LLM connaissent Ouest-France ou Le Figaro malgré la posture restrictive des médias.

La log-probabilité sert d’instrument pour mesurer la présence

Pierre Sauvé limite volontairement son étude à la présence, qu’il juge la plus mal connue et la moins vérifiée dans les audits. Il laisse la citabilité (balisage, format des réponses, fraîcheur) aux outils SaaS spécialisés, et estime que sa conférence ne couvre qu’environ la moitié du sujet. Il précise aussi qu’il mesure si le modèle connaît une marque, pas ce qu’il en pense, un second volet étant annoncé pour une « V2 ».

Son instrument est la log-probabilité (logprob). Pour rappel, un modèle de langage attribue une probabilité à chaque mot susceptible d’en suivre un autre. Dans la phrase « Paris est la capitale de la… », « France » obtient environ 90 % et « soupe » environ 0,01 %. Le consultant exprime ces valeurs en nats, une unité logarithmique : 0 nat correspond à une probabilité de 100 %, et chaque nat en moins divise la probabilité par 2,7 environ. Une marge de +0,78 nat signifie ainsi que la bonne réponse est 2,2 fois plus probable que la meilleure des mauvaises.

Le protocole repose sur quatre briques :

  • Le panel : 148 marques réparties sur 11 secteurs, avec une majorité de marques anglophones, un sous-groupe français et 38 marques inventées servant de témoins. Le consultant dit avoir mélangé des secteurs très présents sur le web (CRM, plugins SEO pour WordPress) et d’autres qui communiquent moins.
  • La notoriété : le nombre de mentions par milliard de mots dans cinq corpus ouverts de pré-entraînement (C4, DCLM-baseline, Dolma v1.7, RedPajama et The Pile), compté via l’API infini-gram de l’Allen Institute for AI.
  • La présence : dix modèles ouverts issus de trois familles (Qwen, Llama, Gemma), en deux tailles de 1 à 9 milliards de paramètres, complétés par des tests sur des modèles de 70 milliards.
  • L’appariement : plutôt que de comparer Nike à un petit fabricant local, le consultant compare des marques de notoriété équivalente.

Les vrais corpus de Qwen, Llama, Gemma et des modèles fermés ne sont pas publiés. Pierre Sauvé s’appuie sur le fait que Common Crawl est au cœur de l’entraînement de tous ces modèles, en rappelant que la seule composition publiée par OpenAI date de GPT-3 (60 % des tokens). Il raisonne aussi par différence entre corpus de composition connue, Dolma contenant Reddit et RedPajama non. Le tout a été réalisé avec des GPU loués, pour un coût global d’environ 50 dollars.

La mesure centrale est la « marge de catégorie ». Le modèle évalue la phrase associant la marque à sa vraie catégorie, puis la compare à quatre fausses catégories (café italien, poisson, village du sud, danse folklorique). La marge est l’écart, en nats, entre la bonne catégorie et la meilleure des fausses. Elle est ensuite comparée à un « plancher » : la marge obtenue par des noms inventés, générés puis vérifiés un par un sur Google pour s’assurer qu’ils n’existaient pas. Selon le consultant, une log-probabilité brute mesure la plausibilité d’une chaîne de caractères, pas la connaissance : en démonstration, la marque inventée « Mailzephor » passait devant une vraie marque avant cette correction.

Le premier enseignement concerne le nom lui-même. Un nom inventé mais « parlant », qui contient par exemple « mail » pour l’emailing, obtient une marge positive sans aucune connaissance derrière. Selon les modèles, ce bonus atteint +0,75 à +1,05 nat sur les petits modèles et +0,99 à +1,23 nat sur ceux de 7 à 9 milliards de paramètres. La part de marques réelles qui dépassent la meilleure marque inventée varie de 30 % (Qwen, petite taille) à 71 % (Gemma, grande taille). Sur les petits modèles, sept marques sur dix ne battent donc pas un nom qui n’existe pas. Les gros modèles connaissent davantage de marques, mais accordent aussi un bonus plus élevé aux noms parlants.

Mentions, Reddit, Wikipédia : trois croyances passées au crible

« Spammons de mentions, tant pis pour les liens »

Pierre Sauvé rappelle d’abord que le balisage HTML est supprimé lors de l’extraction du texte d’entraînement. Dans les corpus, « https:// » apparaît 525,7 fois par million, « href= » 16,6 fois et « rel=”nofollow” » 3,7 fois. D’un lien, il ne reste que l’ancre, c’est-à-dire une mention. Le lien garde pourtant un rôle à deux niveaux. En amont, Common Crawl découvre et revisite les pages en suivant les liens, et les filtres qualité favorisent les pages connectées. En aval, ChatGPT et Gemini s’appuient sur des index où le graphe de liens sélectionne les pages proposées au modèle.

Il vise ici les plateformes qui vendent des mentions pour le GEO. Selon lui, aucune n’a démontré d’effet sur les données d’entraînement : elles partent du principe que leurs contenus seront à la fois récupérés par la recherche et intégrés aux corpus.

Ses mesures montrent un rendement décroissant. En classant les 148 marques en quatre groupes de taille égale, la part de marques réellement reconnues passe de 11 % (Botify, Oncrawl, Bricorama…) à 30 % avec six fois plus de mentions, puis à 46 % avec 33 fois plus. Elle redescend à 35 % pour les marques omniprésentes (HubSpot, IKEA, Sephora), avec 110 fois plus de mentions.

Sur Qwen 1,5B, la marge moyenne passe de +0,28 à +0,97 nat entre le premier et le deuxième quartile de mentions, puis ne gagne que +0,24 nat jusqu’au quatrième, malgré dix-neuf fois plus de mentions. Sur Qwen 7B et Llama 8B, le deuxième quartile dépasse même les suivants. Le consultant en conclut que sortir de l’invisibilité vaut l’effort, mais que saturer une marque déjà présente rapporte beaucoup moins. Pour une marque jeune ou très peu présente, il recommande au contraire de « taper un peu fort », puisqu’elle part de zéro.

« La présence Reddit pèse lourd »

Les corpus n’indiquent pas d’où vient une occurrence. Pierre Sauvé compare donc Dolma (avec Reddit) et RedPajama (sans Reddit), construits selon la même méthode. Rank Math y est 9,1 fois plus mentionné dans Dolma, Semrush 4,9 fois, Bioderma 3,3 fois, Oncrawl seulement 1,3 fois. Au-delà d’un rapport de 3,3, il considère qu’une marque doit notablement sa présence à Reddit.

Une lecture naïve semble confirmer la croyance : les 16 marques « Reddit-friendly » affichent une marge médiane de +1,39 nat contre +1,06 pour les 132 autres, avec cinq fois moins de présence web. Mais à notoriété web égale, sur 16 paires, le résultat tombe à 8 contre 8, pour un écart médian de −0,05 nat. Deux exemples l’illustrent :

  • AccuRanker contre Sistrix : à notoriété comparable (16 et 18 mentions par milliard), l’outil plus présent sur Reddit l’emporte de 1,67 nat.
  • Bioderma contre Fenty Beauty : à 351 et 344 mentions par milliard, c’est la marque peu visible sur Reddit qui l’emporte, avec 1,12 nat d’écart.

Pierre Sauvé en conclut que Reddit signale une présence sans en déterminer la valeur. Il rapporte le cas d’un client accompagné par une agence spécialisée dans Reddit : aucune différence observée, un compte signalé par la plateforme, et des critiques formulées uniquement sur Reddit qui sont ensuite remontées dans les réponses des IA. Il ajoute que les LLM cherchent souvent à présenter les points positifs et négatifs d’une marque. Interrogé sur la rentabilité de Reddit, il répond qu’elle n’est pas supérieure à celle d’un média quelconque, et conseille plutôt de travailler sur des espaces où la marque maîtrise son discours.

« Être sur Wikipédia change tout »

Même démarche pour Wikipédia, dont le statut a été vérifié via l’API de l’encyclopédie. Les 75 marques avec une page devancent les 73 autres de 0,42 nat. Elles sont aussi 11,9 fois plus mentionnées. Pour le consultant, avoir une page Wikipédia est d’abord un symptôme de notoriété.

À notoriété égale, sur 36 paires, 17 vont dans le sens de la croyance et 19 dans le sens inverse, avec un écart médian de −0,29 nat. SendGrid (avec page) devance AWeber (sans page) de 1,79 nat à notoriété quasi identique. À l’inverse, Rank Math (sans page) devance Yoast (avec page) de 1,27 nat. Pierre Sauvé avance deux explications possibles : un nom qui contient « Rank » est plus facilement associé au SEO, et Rank Math, arrivé plus tard, a suscité de nombreux contenus comparatifs.

Il reconnaît à Wikipédia un contexte encyclopédique plus informatif et plus neutre que Reddit, sans y voir pour autant de levier décisif. Il rappelle aussi qu’une page créée par un prestataire rémunéré est souvent signalée par un bandeau ou une mention de contribution rémunérée, ce qui ne sert pas l’image de la marque. Interrogé sur Wikidata, il précise ne pas l’avoir mesuré. Son hypothèse : il s’agit d’une base de données qui fournit des relations entre entités plutôt que du texte d’entraînement.

Être connu du modèle ne prédit pas la citation

Pierre Sauvé a ensuite croisé ses mesures de présence avec les données de citation fournies par Qwairy, relevées dans l’interface et non par l’API. Environ 20 prompts génériques par secteur, en français et sans nom de marque, ont été soumis trois fois à ChatGPT et Gemini, soit 1 100 réponses selon les slides. Une marque est considérée comme « citée » si elle apparaît dans au moins 5 % des réponses de son secteur, et « présente » si sa marge dépasse le plancher des noms inventés.

Les accords entre classements (de 0 pour aucun rapport à 1 pour un ordre identique) sont parlants :

  • ChatGPT et Gemini, sur les marques qu’ils citent : 0,89.
  • Les modèles ouverts, sur les marques qu’ils connaissent : 0,85.
  • Présence et citation entre elles : 0,1.

Chaque couche est cohérente avec elle-même, mais les deux ne se recouvrent pas, sauf pour les marques les mieux placées, comme IKEA ou HubSpot. Trois cas l’illustrent :

  • Adobe Marketo : marge de +1,37 nat et 2 131 occurrences par milliard de mots, mais une seule réponse ChatGPT sur 60 dans le secteur de l’emailing. Le consultant rappelle que la marque réalisait 400 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2021.
  • Brevo : marge de −0,15 nat, inférieure à celle d’une marque inventée, mais citée dans 83 % des réponses ChatGPT du secteur.
  • Google Optimize : service arrêté en 2023, marge de +2,1 nat, 0 % de citation, comme Universal Analytics ou Klout. Selon Pierre Sauvé, les mises à jour des données d’entraînement ne font pas baisser ses occurrences, car les modèles continuent d’absorber des articles anciens. Sa formule : « Les données d’entraînement n’oublient pas, mais la recherche, oui. »

Le cas Brevo s’explique par le rebranding de Sendinblue en mai 2023. Sur les trois petits modèles, Sendinblue obtient entre +1,56 et +1,73 nat mais n’est jamais cité, tandis que Brevo oscille entre −0,44 et +1,07 nat. La mémoire retient l’ancien nom, la recherche cite le nouveau. Pour le consultant, c’est la recherche web qui corrige le tir : elle signale au modèle que Sendinblue est devenu Brevo. Il note aussi que le changement n’a pas aidé la marque côté présence, « Send » étant plus proche de l’emailing qu’un nom neutre comme Brevo. Même schéma pour Piwik devenu Matomo, cité dans 65 % des réponses alors que Piwik domine les données d’entraînement.

Sur la matrice finale, Pierre Sauvé classe 61 marques présentes et citées (HubSpot, Ahrefs, Semrush), 65 présentes mais jamais citées (Marketo, Hiscox, FullStory), 13 absentes mais citées (Brevo, MAIF, Weldom) et 17 absentes et silencieuses (Sistrix, Matmut).

Le consultant indique avoir tenté de contredire ce résultat, secteur par secteur, puis sur les articles de type « meilleurs outils de », sans changer la conclusion. Sur Llama 3.1 70B, cinquante fois plus gros, l’accord reste nul. La langue joue en partie : sur des modèles mieux entraînés en français et interrogés en français, l’ordre change. En anglais, tous les modèles placent Home Depot devant Leroy Merlin, alors qu’une sonde française sur un modèle français rétablit l’ordre. Il dit n’avoir trouvé aucun modèle majoritairement entraîné en français : Mistral, qu’il pensait plus francophone, présentait davantage de marqueurs anglais que les modèles américains.

Il insiste enfin sur un point : la présence n’est pas inutile. Elle explique environ 10 % du classement, et les marques les plus citées figurent parmi celles qui se détachent sur la présence. Selon lui, être dans les données d’entraînement permet aussi de rattacher la marque à son contexte : si le modèle ne sait pas que Brevo fait de l’emailing, le lien doit être reconstruit à chaque recherche. Pour une petite marque, il recommande d’acquérir des mentions et de s’insérer dans des comparatifs, même si le gain reste modeste.

Un standard d’audit, un kit et une méthode discutée

Ce que Pierre Sauvé demande à un audit GEO

À sa connaissance, aucun outil commercialisé ne mesure la présence dans les données d’entraînement. Il en fait la première exigence d’un audit, avant de détailler celles qui portent sur la citation :

  1. Des passages répétés, avec une variance visible. Un passage unique relève du bruit : un client qui teste lui-même ses prompts favoris obtiendra un résultat différent.
  2. Des appels dans le produit plutôt que par l’API, dont la couche de recherche diffère et dont les réponses sont, selon lui, moins riches.
  3. Un socle stable (modèle, date, prompts), en ne changeant de modèle que lorsque le modèle par défaut du grand public change.
  4. Deux indicateurs distincts, présence et citation, parce qu’ils ne bougent pas ensemble.

Il met aussi en garde contre l’usage des log-probabilités exposées par l’API d’OpenAI. On n’y choisit pas la phrase évaluée, il n’y a ni corpus ni appariement, et le modèle comme la recherche évoluent sans cesse. Selon lui, on y mesure une conversation, pas une mémoire.

Ses recommandations suivent la matrice. Pour les marques présentes mais jamais citées : « Arrêtez de payer pour entrer dans les LLM », puisque le blocage se situe dans la récupération. Pour les marques présentes et citées, il conseille d’exiger la variance des prompts et de reprendre la main sur le discours de marque. Pour les marques absentes mais citées, comme Brevo, il recommande de ne rien relâcher et de s’imposer aussi dans les données d’entraînement. Pour les marques absentes et silencieuses, il prévient que le chantier sera long et qu’il faut annoncer délai et budget dès le départ.

Un kit pour tester sa propre marque

Le 2 octobre 2026, Pierre Sauvé a publié sur GitHub un kit sous licence MIT, baptisé brand_probe, qui applique la méthode à une marque à la fois. Il fonctionne en ligne de commande, dans un notebook Colab ou via une petite interface. Le modèle par défaut, Qwen 2.5 1.5B, se télécharge (3 Go) sans compte. Llama et Gemma nécessitent un compte Hugging Face et l’acceptation de leur licence. À l’oral, le consultant a mis en garde contre une possible hausse des coûts de Hugging Face, qu’il présentait comme récemment racheté par NVIDIA.

Le kit fournit :

  • La présence dans chaque modèle : marge de catégorie, plancher des noms inventés et verdict (présente si la marge dépasse le plancher de plus de 0,10 nat).
  • Le nom parlant : la marge d’un nom inventé qui annonce la catégorie (« Rankzuri » pour le SEO, « Assurvex » pour l’assurance). Sur Qwen 1.5B en français, Assurvex obtient +0,62 nat contre +0,42 pour Groupama.
  • Les termes associés : les mots que le modèle rattache à la marque, corrigés de ce qu’il dirait d’un nom inventé.
  • La fréquence dans les corpus C4, DCLM et Dolma, et les mots qui accompagnent la marque.

Le README avertit que le kit ne mesure pas la citation. Il résume la position de l’auteur : être dans les poids est une condition d’entrée, pas une cause de citation. Une marque absente des poids n’est jamais citée sans recherche web, mais une marque présente ne l’est pas pour autant. Le document détaille aussi plusieurs pièges :

  • Le collage de tokens : infini-gram apparie des séquences de tokens. « Brevo » compte 3 421 occurrences dans C4, dont 98 % correspondent à « Brevoort » (un éditeur de Marvel) ou « Brevoortia » (un poisson). En mot entier, Brevo n’en compte que 53.
  • Les homonymes : dans les corpus anglophones, « MAIF » désigne surtout le Maryland Automobile Insurance Fund. Une requête combinée (par exemple « Orange » avec « téléphonie », cité en démonstration) déplace l’équilibre sans tout corriger.
  • Les corpus datés : C4 date d’avril 2019, DCLM de 2023 et Dolma de début 2024.
  • La taille des modèles : une marque absente à 1,5 milliard de paramètres peut être présente à 9 milliards.

Le script fixe la révision exacte de chaque modèle et refuse la quantification, qui modifierait les log-probabilités. Deux personnes doivent ainsi obtenir la même marge à la décimale près.

Une méthode discutée sur LinkedIn

Notons qu’après la publication de Pierre Sauvé sur LinkedIn, Antony Luvera, CTO chez Maples Labs a contesté le passage entre ce qui est mesuré et ce qui est conclu. Selon lui, comparer des corpus et apparier des volumes de mentions n’isole pas explicitement l’effet de Reddit ou de Wikipédia. Une association marque-catégorie n’explique pas une recommandation. Et une marque connue mais non citée a pu être trouvée, comparée puis écartée, sans qu’il s’agisse d’un problème de récupération. Il estime que la méthode ignore les sources réellement présentes dans la fenêtre de contexte, les informations reprises dans le raisonnement du modèle et les critères de comparaison activés.

Pierre Sauvé reconnaît la justesse du troisième point : sa méthode regroupe les marques « jamais récupérées » et « récupérées puis écartées ». Il précise établir seulement que le blocage ne vient pas de la présence dans les données d’entraînement. Sur Wikipédia et Reddit, il dit conclure à une absence d’effet mesurable à notoriété égale, et non à une absence totale d’effet. Il ajoute qu’observer Reddit dans la fenêtre d’une réponse citant une marque ne prouve pas que Reddit a causé la citation : pour mesurer une contribution, il faudrait retirer la source et rejouer la requête, ce qui est impossible.

Précisons que durant sa présentation au TEKnSEO, Pierre Sauvé avait présenté sa matrice comme une proposition et reconnu à plusieurs reprises les limites de ses mesures statistiques. Antony Luvera soutient par ailleurs que l’analyse fine peut être instrumentée : les modèles exposent le contenu des sources qui entrent dans la fenêtre de contexte, ce qui permet selon lui de relier les données reprises aux choix observés, une fois pondérés par les récurrences entre conversations. Il renvoie vers le livre blanc méthodologique de Maple Labs (maplelabs.fr/technologie). La question de savoir si l’on peut attribuer une citation à une source précise reste donc ouverte entre les deux approches.

L’article “GEO : sur 148 marques, être connu des modèles ne prédit pas la citation, selon Pierre Sauvé” a été publié sur le site Abondance.