Ce qu’il faut retenir :
- Sur un panel de 40 marques d’information analysé par The Media Leader, les visites totales passent de 2,14 milliards en septembre 2025 à 1,70 milliard en septembre 2026, soit un recul de 20,8 %.
- Les sites perdent 22,9 % de leurs visites, alors que les applications, alimentées par une audience directe sans passer par un moteur de recherche, ne reculent que de 9,4 % à périmètre comparable.
- Les écarts sont spectaculaires chez Le Parisien (-43,5 % sur le site, -19,3 % sur les applis) et ici, ex-France Bleu (-55,8 % sur le site, +21,8 % sur l’appli), même si ce dernier a aussi changé de nom de domaine.
- La causalité reste discutée : base de comparaison très haute en septembre 2025, mise à jour anti-spam et fluctuations de Discover brouillent l’analyse, mais l’écart sites/applis était déjà visible en août.
Les sites d’information perdent 22,9 % de visites sur un an
Le 8 octobre 2026, François Quairel a publié sur The Media Leader une comparaison entre le classement des marques numériques de l’ACPM (Alliance pour les chiffres de la presse et des médias, l’organisme qui certifie les audiences des médias en France) de septembre 2026 et celui de septembre 2025. Le panel retenu compte 40 marques d’actualité et d’information générale, nationales et régionales. La marque sportive L’Équipe n’en fait pas partie.
Point important : ce panel et les moyennes qui en découlent ont été établis par The Media Leader, à partir des données certifiées de l’ACPM. Le chiffre de 23 % n’est donc pas un indicateur publié tel quel par l’ACPM.
Sur ce périmètre, les visites totales (sites et applications) atteignent 1,70 milliard en septembre 2026, contre 2,14 milliards un an plus tôt. Le recul global est de 20,8 %. Le détail par support fait apparaître une nette différence :
- Sites : -22,9 % de visites sur un an.
- Applications : -9,4 % à périmètre comparable, hors applications d’Europe 1, de L’Opinion et d’Actu.fr, qui n’étaient pas mesurées en septembre 2025.
Pour rappel, les AI Overviews ont été lancés en France le 22 juillet 2026. L’internaute obtient une réponse directement dans la page de résultats, ce qui réduit ses raisons de cliquer vers les sites des éditeurs. The Media Leader relève que c’est précisément le trafic des sites, plus dépendant de la recherche, qui décroche en septembre.
Franceinfo, Le Parisien et ici illustrent l’écart entre sites et applis
Les chiffres par marque rendent le décalage très concret. Chez Franceinfo, le site perd 32,9 % de ses visites, les applications seulement 9,9 %. Chez Le Parisien, l’écart est encore plus large : -43,5 % pour le site, -19,3 % pour les applis.
Le cas d’ici (ex-France Bleu), le réseau local de Radio France, est le plus marqué. Les visites du site sont divisées par plus de deux (-55,8 %), alors que l’application progresse de 21,8 %. La direction d’ici met toutefois en avant une autre cause : la migration du nom de domaine de francebleu.fr vers ici.fr, qui a pesé sur le référencement. Ce cas ne peut donc pas être attribué aux seuls AI Overviews.
D’autres marques suivent la même tendance. RFI, France 24 et L’Obs voient leurs applications progresser, alors que leurs sites reculent de 18 à 29 % :
- RFI : -18,0 % sur le site, -8,5 % au total.
- France 24 : -26,0 % sur le site, -21,1 % au total.
- L’Obs : -29,4 % sur le site, -28,1 % au total.
Newsmagazines et presse régionale parmi les plus touchés
Aucun des leaders de l’information n’échappe à la baisse. Ouest-France limite le recul à 9,6 %, avec 191,9 millions de visites, et monte à la 3e place du classement général de l’ACPM. Selon The Media Leader, la marque profite de l’agrégation de services qui ne relèvent pas de l’information (annonces, shopping, TV, podcasts). Suivent Le Figaro, avec 167,2 millions de visites (-21,8 %), et Le Monde, avec 151,9 millions (-19,6 %).
Plus bas dans le classement, les baisses s’accentuent :
- Franceinfo : 149 millions de visites (-29,1 %), de la 6e à la 8e place.
- BFMTV : 121,3 millions (-28,2 %).
- Actu.fr et 20 Minutes : juste au-dessus des 100 millions, respectivement -10,7 % et -12 %.
- Le Parisien : 61,2 millions (-40,9 %).
Hors panel, L’Équipe, 3e du classement en septembre 2025, recule de 28 % à 168,7 millions de visites, dont 57 % réalisées sur ses applications.
Les newsmagazines figurent parmi les marques les plus affectées. Marianne (-51,7 %), Le Point (-51,6 %) et L’Express (-43,8 %) perdent environ la moitié de leurs visites. Sur son seul site, Le Point recule même de 57,5 %. En région, La Provence (-40,1 %), Midi Libre (-35,8 %) et L’Indépendant (-28,8 %) décrochent aussi fortement. Libération (-32,6 %) et Le HuffPost (-30,5 %) dépassent également les 30 % de baisse.
Les rares hausses tiennent surtout à des changements de périmètre
Quelques marques progressent, mais la plupart de ces hausses s’expliquent par la méthodologie. Nice-Matin gagne 46,1 % et passe de la 47e à la 33e place. Le groupe regroupe désormais sous cette marque les données de Var-Matin et Monaco-Matin, ce qui rend la comparaison non pertinente.
L’Opinion (+47,5 %) et Europe 1 (+41,4 %) affichent elles aussi de fortes hausses, dues à leurs applications, non mesurées en septembre 2025. Sur leurs seuls sites, L’Opinion recule de 24,3 % et Europe 1 reste stable (+0,1 %).
Les vraies progressions sont plus modestes :
- La Nouvelle République : +8 % au total, +8,1 % sur le site.
- Paris Match : +2,2 % au total, +3 % sur le site.
- La Croix et Radio France : stables (+2,1 % et +1,4 %) grâce à leurs applications, alors que leurs sites reculent de 6,3 % et 14,9 %.
- Les Echos : recul limité à 2,8 %.
The Media Leader souligne que ces variations reflètent aussi le poids de Google Discover (le fil de recommandation de contenus de Google sur mobile), dont les fluctuations de trafic pèsent lourdement sur les sites d’information.
Un effet de base en septembre 2025 qui n’explique pas l’écart
La comparaison doit être lue avec prudence. Septembre 2025 avait été un mois exceptionnel pour l’information en ligne : chute du gouvernement Bayrou, nomination de Sébastien Lecornu à Matignon, mobilisation du 10 septembre. Ce jour-là, d’après l’ACPM, les sites et applications d’information avaient battu leur record annuel avec plus de 104 millions de visites.
Cette base élevée explique une partie des baisses, surtout pour les chaînes d’info et les titres politiques. Elle n’explique pas, en revanche, la différence entre sites et applications, qui avaient profité du même pic d’actualité.
Les chiffres d’août 2026 permettent de vérifier ce point, puisque l’été 2025 n’avait pas connu d’événement comparable. Sur le même panel, les visites baissaient déjà de 16,5 % sur un an selon l’ACPM, dont 18,8 % pour les sites, alors que les applications comparables ne perdaient que 2,5 %. Le Point (-46,6 %), Midi Libre (-46,7 %), La Provence (-41,5 %) et ici (-38 %) décrochaient déjà. The Media Leader avait d’ailleurs signalé début septembre une baisse de 17 % de la fréquentation du top 50 des médias certifiés en août, et de 19 % pour les seuls sites d’information.
Le constat recoupe aussi des observations américaines. Aux États-Unis, l’association d’éditeurs Digital Content Next avait mesuré en 2025 un recul du trafic référent de ses membres après le déploiement de la fonctionnalité.

Applications non mesurées par l’ACPM en septembre 2025 : l’évolution totale n’est pas comparable, se référer à l’évolution des sites.
** Evolution non comparable : Nice-Matin regroupe désormais les données des autres titres du groupe, Var-Matin et Monaco-Matin.
*** : francebleu.fr a changé de nom de domain en ici.fr
Ce que ces chiffres disent aux éditeurs et aux SEO
Une limite méthodologique s’impose : le classement ACPM mesure des visites totales par support, pas l’origine du trafic. Il ne permet donc pas d’isoler la part de visites perdues sur Google Search, ni de distinguer l’effet des AI Overviews de celui de Discover. L’écart entre sites et applications reste l’indice le plus solide, puisque les applis captent une audience directe, peu exposée aux moteurs.
Autrement dit, les marques qui avaient déjà bâti une audience fidèle sur leurs applications amortissent mieux le choc. Ouest-France illustre une autre stratégie : diversifier l’offre au-delà de l’actualité pour élargir les points d’entrée.
Pour les équipes SEO des médias, ces données invitent à vérifier dans leurs propres outils analytiques la répartition des pertes entre Search, Discover et les autres canaux depuis le 22 juillet. Le cas d’ici rappelle aussi qu’une migration de domaine menée pendant une période de turbulences rend tout diagnostic beaucoup plus difficile.
Une causalité contestée, et un dossier devant l’Autorité de la concurrence
Les professionnels du secteur doivent rester prudents sur l’attribution des baisses. Selon certains experts cités par The Media Leader, les AI Overviews toucheraient d’abord les recherches « froides » (requêtes informationnelles intemporelles), moins l’actualité chaude. Une mise à jour anti-spam déployée par Google au même moment compliquerait aussi l’analyse. De son côté, Google assure qu’aucune baisse significative n’a été engendrée par la fonctionnalité.
Le sujet a déjà pris une dimension réglementaire. Le 11 août, l’Apig (Alliance de la presse d’information générale) a saisi l’Autorité de la concurrence. Elle estime que Google aurait dû négocier avec les éditeurs avant de lancer les AI Overviews, au titre des engagements pris par le moteur en 2022 dans le cadre des droits voisins. L’Autorité ne s’est pas encore prononcée publiquement sur cette saisine.
L’article “AI Overviews : la grande dégringolade des sites d’infos” a été publié sur le site Abondance.