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Google prêt à revoir sa politique anti-parasite SEO pour les éditeurs de presse européens

Google a déposé une offre d’engagements auprès de la Commission européenne pour éviter une amende potentiellement colossale. Au cœur du dossier : l’abus de réputation de site, une règle de déclassement qui pénalise les pages de presse monétisées par des publicités tierces. Une concession inédite pour le géant américain.

Ce qu’il faut retenir :

  • Google a proposé des ajustements à sa politique anti-parasite SEO spécifiquement pour les éditeurs de presse de l’UE, afin d’éviter une amende pouvant atteindre 10 % de son chiffre d’affaires mondial.
  • La Commission européenne a ouvert une enquête en novembre 2025 sur cette politique, jugée discriminatoire envers les éditeurs qui monétisent leurs pages via l’affiliation ou la publicité tierce.
  • Le contenu exact des engagements proposés n’a pas été rendu public. La Commission n’a pas encore indiqué si l’offre était suffisante.
  • Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de pression cumulée sur les éditeurs, déjà fragilisés par la baisse de trafic liée aux réponses générées par l’IA dans les résultats Google.

La « site reputation abuse policy », c’est quoi exactement ?

Introduite en mars 2024, la politique de « site reputation abuse » (abus de réputation de site) vise à lutter contre le parasite SEO : une pratique qui consiste à publier du contenu de faible qualité ou sans rapport avec le sujet principal d’un site, en profitant de l’autorité de ce dernier pour se positionner artificiellement dans les résultats de recherche.

Concrètement, Google déclasse les pages d’un site réputé lorsqu’elles hébergent du contenu tiers jugé de mauvaise qualité ou déconnecté de la vocation éditoriale du site. L’intention affichée est de protéger les utilisateurs contre des pratiques trompeuses qui dégradent la qualité des résultats de recherche.

Le problème, c’est que cette politique frappe aussi des usages tout à fait légitimes. Les sites de presse, par exemple, monétisent couramment leurs pages éditoriales via des partenariats d’affiliation ou de la publicité tierce. Ce modèle est une réalité économique du secteur, pas une tentative de manipulation algorithmique.

Pourquoi la Commission européenne s’en est mêlée

C’est l’European Publishers Council (EPC), le conseil des éditeurs européens, qui a déposé la plainte antitrust à l’origine de l’enquête. L’organisation a fait valoir que la politique impacte de façon disproportionnée les éditeurs de presse, asséchant leur trafic et leurs revenus.

La Commission a ouvert son enquête en novembre 2025. L’angle juridique retenu est celui du Digital Markets Act (DMA) : en tant que « gatekeeper » désigné, Google est tenu d’offrir aux éditeurs de presse un accès équitable, raisonnable et non discriminatoire à sa plateforme de recherche, conformément au réglement. La question posée est donc simple : l’algorithme de Google respecte-t-il cette obligation ?

La proposition de Google

Face au risque d’une amende pouvant atteindre 10 % de son chiffre d’affaires mondial, Google a déposé une proposition d’engagements auprès de la Commission. Les détails complets n’ont pas été publiés, mais les informations rapportées par Bloomberg, Reuters et TheNextWeb, cités par Search Engine Roundtable, permettent d’en dégager les grandes lignes.

Google se dit prêt à ajuster l’application de sa politique d’abus de réputation aux domaines d’actualité, et à rendre plus transparent l’effet de cette politique sur les pages des éditeurs. En d’autres termes, les sites de presse pourraient bénéficier d’un traitement différencié par rapport au reste du web.

Du côté de Google, la communication reste prudente. Un porte-parole a déclaré à Reuters : « Notre priorité est de garder les résultats de recherche utiles pour les utilisateurs et de les protéger contre des pratiques trompeuses comme le spam parasite SEO qui nuit au web. » Le même message a été transmis à Barry Schwartz de Search Engine Roundtable.

Une concession qui interpelle

Cette démarche est inhabituelle de la part de Google. L’idée qu’une politique de lutte contre le spam puisse être modulée selon la géographie ou le type de site soulève des questions légitimes sur la cohérence de l’approche.

Si Google accepte d’assouplir ses règles pour les éditeurs européens sous pression réglementaire, pourquoi ne pas appliquer le même traitement ailleurs ? Et si la politique était effectivement trop sévère avec les éditeurs, ne devrait-elle pas être revue globalement ?

La situation est d’autant plus délicate que les amendes européennes s’accumulent : depuis la décision Google Shopping en 2017, le total des pénalités antitrust infligées à Google dans l’UE a atteint 9,71 milliards d’euros. L’entreprise cherche visiblement à éviter d’alourdir cette facture.

La suite de la procédure

La Commission européenne va maintenant évaluer les propositions de Google au regard des préoccupations soulevées par l’enquête. Elle devrait consulter les éditeurs et autres parties concernées, avant de décider d’accepter l’offre, d’en demander des modifications, ou de la rejeter et de passer à une décision formelle d’infraction.

Aucun calendrier précis n’a été communiqué. L’enquête n’a pas non plus de délai fixé. Ce que Bloomberg et TNW notent, c’est que Google a clairement estimé que le risque financier et réputationnel d’une décision adverse de la Commission dépassait le coût d’une révision de sa politique.

Un contexte plus large pour les éditeurs

Cette affaire ne peut pas être lue indépendamment du contexte global. Les éditeurs de presse subissent simultanément une autre pression venue de Google : la montée en puissance des réponses générées par l’IA directement dans les résultats de recherche, qui réduit mécaniquement le trafic vers leurs sites et donc leurs revenus publicitaires.

La politique d’abus de réputation et les réponses IA sont deux sujets distincts, mais leur effet cumulé constitue l’un des principaux griefs portés par les éditeurs à Bruxelles. La concession proposée par Google sur le premier point n’adresse pas le second, et les organisations de presse le savent.

L’article “Google prêt à revoir sa politique anti-parasite SEO pour les éditeurs de presse européens” a été publié sur le site Abondance.