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38 000 adresses web utilisent déjà une extension de nom de domaine régionale en France

Article réalisé en partenariat avec l’Afnic, qui a compilé les données de registre utilisées dans les graphiques. Ces chiffres sont publics : chaque registre les déclare à l’ICANN, qui les publie avec environ trois mois de décalage.

Ce qu’il faut retenir :

  • Les quatre extensions régionales françaises (.paris, .bzh, .alsace et .corsica) réunissent plus de 38 000 noms de domaine.
  • Les extensions liées à une région ou à une langue ont toutes gagné des noms depuis leur première année complète. Celles des grandes villes ont démarré plus vite, puis ont légèrement reculé après leur pic de lancement.
  • Le .bzh et le .corsica ont plus que doublé depuis leur première année complète.
  • Google traite ces extensions comme n’importe quelle autre : leur intérêt se joue sur l’image et l’ancrage local.
  • Les extensions françaises sont gérées par des collectivités ou des associations, et opérées techniquement en France par l’Afnic.

Une adresse web aux couleurs de sa région

L’extension est la fin d’une adresse web, ce qui vient après le dernier point. Tout le monde connaît le .fr ou le .com. Depuis 2014, de nouvelles extensions portent le nom d’une ville ou d’une région : .paris, .bzh pour la Bretagne, .alsace, .corsica. À l’étranger, on trouve par exemple .berlin, .london, .nyc pour New York, .scot pour l’Écosse, .eus pour le Pays basque ou .wales pour le pays de Galles.

Pour obtenir une adresse de ce type, on passe par un bureau d’enregistrement, c’est-à-dire le prestataire auprès duquel on achète son nom de domaine, comme pour un .fr. Le prix est un peu plus élevé : le registre du .alsace indique par exemple 30 à 40 euros HT par an.

Chaque extension géographique a ses propres règles. Le .bzh est ouvert à toute personne ou organisation qui manifeste un attachement à la Bretagne, qu’il soit géographique (une adresse dans l’un des cinq départements bretons, Loire-Atlantique comprise) ou immatériel (un intérêt pour la Bretagne, sa culture ou sa langue). Aucun justificatif n’est demandé à l’achat, mais l’association qui gère l’extension effectue des contrôles a posteriori. Le .corsica est ouvert aux organisations et aux résidents corses, mais aussi à la diaspora et à toute personne qui a un lien culturel, familial ou identitaire avec l’île. Pour comparer ces adresses au .fr et au .com, vous pouvez lire notre guide pour choisir l’extension de votre nom de domaine.

Les extensions régionales françaises en chiffres

Courbes du nombre de noms de domaine en .paris, .bzh, .alsace et .corsica de 2014 à juin 2026

Le .paris a été ouvert au public le 2 décembre 2014, suivi deux jours plus tard par le .bzh. Le .alsace est arrivé en avril 2015 et le .corsica en janvier 2016. En juin 2026, elles comptaient ensemble 38 191 noms de domaine.

Le .paris reste l’extension la plus utilisée, avec 19 376 noms. Elle a démarré très vite : 12 000 noms réservés dans les jours qui ont suivi son ouverture, dont près de 6 000 le premier jour. Ce lancement avait été préparé, avec une centaine d’ambassadeurs pionniers, une campagne d’affichage dans Paris et une phase de réservation prioritaire avant l’ouverture générale. Après avoir doucement décru à partir de 2019, comme les autres extensions de grande ville que nous avons étudiées, le .paris connaît un nouveau dynamisme de ses enregistrements depuis 2025 : il est passé de 18 800 noms fin 2025 à 19 376 en juin 2026.

Le .bzh a suivi une autre trajectoire. Parti plus bas, il progresse chaque année depuis son ouverture, et il est passé de 5 661 noms fin 2015 à 14 018 en juin 2026. Pour les dix ans de l’extension, fin 2024, une collectivité bretonne sur cinq avait un site en .bzh, et deux sur cinq dans le Finistère. Quimper, Lorient, Saint-Brieuc, le Stade Brestois ou le Festival interceltique de Lorient ont adopté l’extension.

Le .corsica a lui aussi plus que doublé, de 1 033 noms fin 2017 à 2 454 en juin 2026, avec une hausse chaque année. Le site officiel de la Collectivité de Corse est en .corsica (isula.corsica). Le .alsace est resté plus stable, entre 2 000 et 2 600 noms depuis 2016.

Ces adresses servent d’abord les organisations. D’après les informations déclarées par les titulaires, 72 % des noms en .paris, .bzh, .alsace et .corsica appartiendraient, au 1er septembre 2026, à des entreprises, des associations ou des collectivités, et 28 % à des particuliers. La part des organisations irait de 71 % pour le .paris et le .bzh à 82 % pour le .alsace.

Dix extensions de territoire comparées en Europe et à New York

Pour comparer des extensions nées à des dates différentes, nous les avons alignées sur leur date d’ouverture : l’année 0 est celle du lancement, l’année 1 la première année complète, et ainsi de suite. Chaque graphique a sa propre échelle : on y lit la forme des courbes, et les volumes sont donnés dans le texte.

Dix extensions de territoire comparées à âge égal : régions et langues d'un côté, grandes villes de l'autre

Deux familles se dessinent. Les extensions de région ou de langue (.bzh, .eus, .scot, .wales, .alsace, .corsica) montent régulièrement ou se stabilisent. Celles des grandes villes (.paris, .berlin, .london, .nyc) atteignent vite un sommet, puis reculent lentement.

Ces évolutions de volume ne constituent pas, à elles seules, une mesure de la réussite des extensions : chacune poursuit des objectifs propres, avec des publics, des conditions d’accès et des stratégies de développement différents.

Évolution du nombre de noms de domaine de chaque extension entre sa première année complète et juin 2026

Les pics de certaines villes s’expliquent en partie par des promotions de lancement. En juin 2014, pour fêter ses 50 000 noms, le .berlin a lancé une semaine d’offres, et l’un des bureaux d’enregistrement a offert les noms pendant la première année. Ce bureau est passé de 7 800 à 78 500 noms en un mois. Un an plus tard, faute de renouvellement, il en a perdu près de 69 000. Le .london a connu un mouvement comparable en 2017 : une vague d’enregistrements concentrée chez un seul bureau d’enregistrement, qui ne les a pas renouvelés l’année suivante.

Ces épisodes rappellent qu’un nom réservé sans projet derrière finit souvent par être abandonné. Une étude du CENTR, l’association des registres européens, l’a mesuré sur les extensions nationales : 90 % des noms qui portent un vrai site sont renouvelés, contre 70 % de ceux qui n’affichent aucun contenu (CENTR, 2024). Les extensions de territoire s’en sortent bien sur ce point. L’Afnic mesure que les extensions géographiques gardent en moyenne 74 % de leurs noms d’une année sur l’autre, contre 39 % pour les nouvelles extensions génériques (étude Afnic sur le marché des noms de domaine dans le monde en 2024).

Le .cat, l’extension catalane qui a inspiré le .bzh

Le .cat, dédié à la langue et à la culture catalanes, a ouvert en avril 2006, huit ans avant les autres. Le .bzh s’en est d’ailleurs inspiré dès sa candidature. Son parcours donne une idée de ce qui peut se passer sur le long terme.

Nombre de noms de domaine en .cat de 2006 à juin 2026

Le .cat a grandi pendant dix ans, jusqu’à 111 621 noms fin 2016. Depuis, il s’est toujours maintenu au-dessus de 108 000 noms, sans jamais connaître de chute brutale, et il en compte 118 275 en juin 2026. Il semble avoir trouvé sa place auprès de la communauté catalane.

Pourquoi certaines extensions progressent plus vite

Nous n’avons trouvé aucune étude qui compare les extensions de ville à celles de région ou de langue. Ce qui suit relève donc de l’observation, sur dix extensions.

La langue semble jouer un rôle important. Le .eus et le .bzh, les deux croissances les plus régulières, sont liés à une langue autant qu’à un territoire. Selon son registre, 74 % des sites en .eus ont du contenu en basque, contre 20 % de l’ensemble des sites du Pays basque. Choisir une de ces extensions revient à afficher une appartenance, ce qui donne une raison durable de la garder.

Les acteurs locaux comptent aussi. Quand une collectivité, un club de sport ou un festival connu adopte l’extension, il la rend visible pour tous les autres. En Bretagne, des villes, des entreprises, des clubs et des associations l’utilisent au quotidien.

Les registres développent aussi des services pour accompagner les usages de leur extension. Celui du .eus propose par exemple une messagerie gratuite en basque et un programme d’aide à la numérisation des commerces de proximité, ce qui donne à l’extension une utilité concrète.

Pour les grandes villes, l’appartenance est peut-être plus diffuse. Une ville attire beaucoup d’entreprises au moment du lancement, mais l’attachement à une ville se transmet sans doute moins facilement qu’une langue ou une culture régionale. Ces extensions restent pour autant parmi les plus importantes : le .nyc compte plus de 60 000 noms et le .paris plus de 19 000.

L’animation de la communauté dans la durée pourrait aussi jouer un rôle. Au-delà du lancement, valoriser les titulaires et les accompagner entretient l’envie de choisir l’extension, puis de la conserver. Le nouveau site bienvenue.paris va dans ce sens, avec des témoignages d’entrepreneurs, des guides pratiques et une newsletter. Selon l’Afnic, le .paris est d’ailleurs reparti à la hausse depuis plusieurs mois.

Un enjeu de souveraineté numérique

Chaque extension est gérée par un registre, qui fixe les règles d’attribution et perçoit une partie du prix de chaque nom vendu.

Les quatre extensions françaises sont gérées par des acteurs publics ou associatifs. Le .paris appartient à la Ville de Paris, le .corsica à la Collectivité de Corse et le .alsace à la Région Grand Est, qui l’a obtenu en 2014. Le .bzh est porté par l’association www.bzh, à but non lucratif, qui s’est fixé pour objectif de réinvestir ses bénéfices dans les usages numériques en Bretagne. L’Afnic, l’association qui gère le .fr, en est l’opérateur technique : elle assure chaque jour leur fonctionnement, leur stabilité et leur sécurité.

Leurs règles sont donc décidées localement, par des acteurs qui rendent des comptes aux habitants ou à leurs adhérents, et la part du prix qui revient au registre reste en France, au service d’une collectivité ou d’une association.

Le .com fonctionne autrement. Son registre, Verisign, est une entreprise privée américaine cotée en Bourse : les recettes de chaque nom vendu reviennent à ses actionnaires. Le .com relève ainsi d’un enjeu capitalistique, les extensions françaises d’un enjeu de souveraineté. Pour une entreprise française, choisir une extension régionale revient à confier son adresse sur internet à des organisations françaises plutôt qu’à une société étrangère.

Une extension régionale aide-t-elle le référencement ?

Beaucoup se demandent si un .paris aide à remonter sur Google pour des recherches parisiennes. Google a répondu dès 2015 : « Même si elles semblent propres à une région, nous les traiterons comme des gTLD », c’est-à-dire comme des extensions génériques, au même titre que le .com (Google Search Central, juillet 2015). Sa documentation actuelle suit la même règle : seules les extensions nationales comme le .fr sont associées à un pays. Nous l’avions d’ailleurs relayé à l’époque.

Une extension régionale n’est donc pas un levier de classement en soi. Elle peut en revanche devenir un atout indirect. Dans une page de résultats, une adresse en .bzh ou en .paris signale tout de suite un acteur local, ce qui peut inciter les internautes de la région à cliquer davantage sur ce résultat. Un site clairement ancré dans son territoire obtient aussi plus facilement des liens de la presse, des collectivités et des associations locales. Pour le reste, votre référencement local dépendra de votre contenu, de votre fiche d’établissement Google et de vos liens, comme avec n’importe quelle autre adresse.

Leur intérêt tient à ce que voit la personne qui lit l’adresse. Une adresse en .bzh ou en .corsica dit immédiatement d’où vient l’entreprise. Elle se retient facilement, et un nom court a beaucoup plus de chances d’y être disponible que dans une extension où des millions de noms sont déjà pris.

Qui a intérêt à choisir une extension régionale ?

Une extension de territoire a tout son sens si vous êtes dans l’une de ces situations :

  1. Votre activité est ancrée localement. Un artisan, un commerce, un restaurant ou un cabinet qui travaille avec une clientèle de proximité affiche son origine dès l’adresse.
  2. Votre identité régionale fait partie de votre marque. Un producteur, une marque de vêtements ou une brasserie qui revendique son territoire le prolonge sur le web.
  3. Vous lancez un projet local. Un festival, un club, une association ou une campagne municipale trouve plus facilement un nom court et parlant.
  4. Vous êtes une collectivité. Une commune ou une intercommunalité montre son attachement au territoire et donne l’exemple aux acteurs locaux.

Les bonnes pratiques pour se lancer

  1. Vérifiez les conditions d’accès. Chaque extension a ses règles, publiées sur le site de son registre (par exemple pik.bzh pour le .bzh ou puntu.corsica pour le .corsica).
  2. Gardez votre .fr ou votre .com. Conserver l’ancienne adresse évite qu’un tiers la récupère et permet de rediriger vers la nouvelle.
  3. Traitez un changement d’adresse comme une migration. Si votre site existe déjà, redirigez chaque page vers son équivalent (redirections 301), utilisez l’outil de changement d’adresse de la Search Console, mettez à jour vos liens et votre fiche Google, puis surveillez votre trafic pendant les semaines suivantes. Sur un nouveau projet, la question ne se pose pas.
  4. Donnez vie à l’adresse. Un nom réservé sans site finit souvent par être abandonné, comme le montrent les courbes plus haut. Un site actif, même simple, justifie la dépense année après année.

Quinze extensions géographiques demandées à l’ICANN

L’ICANN, l’organisme qui coordonne les extensions d’internet, a ouvert en 2026 un nouvel appel à candidatures, le premier depuis 2012. Le 7 octobre 2026, elle a publié la liste des 1 615 candidatures reçues (ICANN, 7 octobre 2026). Quinze se déclarent géographiques. On y trouve des villes et des régions européennes, comme le .roma, le .vienna, le .budapest, le .bremen, le .salzburg ou le .campania pour la région italienne de Campanie, ainsi que le .québec, avec son accent, demandé par le registre du .quebec.

Aucune ne porte le nom d’une ville ou d’une région française. La liste n’est pas encore définitive : les candidats peuvent modifier l’extension demandée jusqu’au 21 octobre, et l’ICANN publiera la liste arrêtée le 17 novembre 2026.

L’article “38 000 adresses web utilisent déjà une extension de nom de domaine régionale en France” a été publié sur le site Abondance.